Contes des petites dames

Donnez votre avis

Cet ouvrage n'a pas encore été noté

Offrir cet ebook

[eBook] Contes des petites dames

Extrait L’exotisme est le quotidien Quiconque musarde en Bretagne croisera tôt ou tard un panneau indiquant d’étranges directions comme celle de « La Roche aux Fées » vers Essé, « La Maison des Fées » près de Tressé, « La Pierre des Fées » à Locmariaquer, sans parler des « Buttes aux fées » et autres « montagnes aux fées » parsemant çà et là landes et forêts. À l’évidence, les dolmens, les allées couvertes et les grottes sont des demeures très prisées des fées. Ainsi qu’en témoignent les multiples « fauteuils », « baignoires » et autres « reposoirs », les Margots (nom donné aux fées dans les Côtes-d’Armor) ne détestent pas se caler confortablement dans les anfractuosités de rochers dont les formes invitent à la paresse, surtout lorsqu’ils sont à proximité d’un étang. Le plus fameux d’entre eux est sans nul doute le « Miroir aux Fées » en forêt de Brocéliande, car c’était le domaine de la redoutable Morgane, la rivale de Viviane, la célèbre « Dame du lac » qui règne sur les ondes du grand étang qui baigne le château de Comper. Mais les morgans, ou encore les mary-morgans – pour reprendre les vocables qui désignent en Bretagne les créatures aquatiques, telles les nymphes, les sirènes ou les ondines –, n’affectionnent pas seulement les eaux stagnantes ou sombres des lacs. Beaucoup d’entre elles ont élu domicile dans des ruisseaux, des rivières ou des sources. Là encore, notre géographie atteste leur présence et on ne compte plus les fontaines sur lesquelles elles veillent ou dont l’origine leur est due. Il n’est donc pas étonnant de relever que nos histoires évoquent cet état de choses. Celle intitulée « La Fontaine de Baranton », bien sûr, mais également « La Houle de la Teignouse » et « La Fée de Créhen », qui mettent en scène des créatures résidant dans des fontaines ou des lavoirs ; des êtres qui ont le nom de Gwrac’h dans le Trégor ou de Groac’h dans le Léon, telle celle de l’île du Lok, qui vit dans le lac qui se trouve en son centre. Compte tenu de l’étendue de notre littoral, c’est dans les multiples grottes qui jalonnent ces falaises, parfois abruptes, que logent la plupart de nos fées. Ces cavernes, qui peuvent atteindre des proportions monumentales, comme celles taillées dans les hautes parois du cap Fréhel, sont appelées « houles » sur le rivage des Côtes-d’Armor et quelquefois « goules », par exemple à l’ouest de Dinard. C’est donc des habitantes des excavations marines du Chêlin, du Châtelet, du Grouin, de la Corbière… qu’il est question dans les contes qui se déroulent sur cette côte dont le pittoresque attire de nombreux visiteurs. Deux univers sont décrits dans ces récits : le rural et le maritime. Dans l’un et l’autre cas, nous sommes conviés à observer des scènes de la vie quotidienne de personnages mis en situation. À la campagne, nous sommes témoins de la peine des paysans, dont les bêtes sont parfois victimes de sortilèges, comme dans « La Houle du Grouin », de celle de laboureurs qui, tels ceux de « La Houle de Saint-Michel », « avaient bien du mal à manger du pain », ou encore de celle de petits pâtres ou d’orphelins dont les désirs se bornent à « avoir seulement de quoi acheter une petite vache et un pourceau maigre » (« La Groac’h de l’île du Lok »). Nous croisons également des bûcherons, des rémouleurs, des sabotiers et même des « vagabonds sans feu ni lieu » (« La Fontaine de Baranton »). En un mot, nous sommes confrontés à ce peuple des campagnes tel que les historiens nous le brossaient il n’y a pas si longtemps encore et dont l’existence ne semble guère réjouissante. C’est d’ailleurs pour cela, parce que la misère n’est jamais très loin, que bon nombre des héros de nos histoires aspirent à quitter leur village, « à partir pour chercher fortune », tel le petit Houarn Pogamm que l’on voit dans « La Groac’h de l’île du Lok », ou Yves dans « Les Enfants de la Croix-Ruduno ». Au bord de la mer la vie ne semble pas non plus facile. « L’Enfant qui va chercher des remèdes » narre les aventures de trois frères dont la mère malade « n’avait point d’argent pour payer le médecin et acheter des remèdes », et dans « La Sirène » nous assistons aux ultimes recommandations qu’« un pauvre pêcheur malade » donne à ses enfants avant de mourir. Là encore, ces récits nous invitent à découvrir les occupations journalières des ostréiculteurs ou des pêcheurs de homards dont les casiers sont parfois visités par de singulières créatures, comme dans « Les Fées de Lûla », celles des ramasseurs de coquillages et celles des marins, des armateurs, de tous ces corps de métier qui préparent les bâtiments pour « la grande pêche » qui menaient des centaines de matelots de la région traquer la morue dans les parages de Terre-Neuve ou de Saint-Pierre-et-Miquelon. Si l’extrême rudesse des conditions d’existence des côtiers ne nous est pas cachée, l’environnement maritime nous est néanmoins brossé avec beaucoup plus de détails que celui du monde rural ou urbain. Sans doute cette différence de traitement provient-elle du fait que le décor du littoral se prête mieux à la description avec ses îles qui apparaissent ou disparaissent au gré de la brume, ces récifs que cache sans cesse la houle et qui guettent le pêcheur imprudent ou aventureux, ses criques, ses cavernes parfois peuplées d’étranges créatures. D’une façon générale ces récits ne nous entraînent pas bien loin des lieux où vivent leurs protagonistes. Et lorsqu’ils nous font quitter le rivage pour nous mener dans quelque île mystérieuse, celle-ci n’est pas à l’autre bout de la planète, quand bien même elle serait inaccessible au commun des mortels.

  • EAN 9782843467578
  • Disponibilité Disponible
  • Nombre de pages 290 Pages
  • Action copier/coller Dans le cadre de la copie privée
  • Nb pages copiables 58
  • Action imprimer Dans le cadre de la copie privée
  • Nb pages imprimables 348
  • Partage Dans le cadre de la copie privée
  • Nb Partage 6 appareils
  • Poids 715 Ko
  • Distributeur Numilog
empty